• Severine Martin

Thierry, k fighteur de la prostate



J'ai fait la connaissance de Thierry en janvier 2018, via ma page Facebook.

C'est une amie à lui qui a pris contact avec moi pour me faire part de son histoire. Il venait de mettre en ligne une pétition pour le remboursement du radium 223, un traitement reconnu pour améliorer la qualité de vie des hommes touchés par le cancer de la prostate,et surtout pour prolonger de manière significative leur espérance de vie. J'ai partagé son initiative et échangé quelques messages avec lui sur les réseaux sociaux.


Depuis, Thierry a ouvert une page Facebook "Mon combat contre le cancer de la prostate"pour parler de son parcours contre la maladie.

Nous sommes nombreuses à poser nos maux sur la toile, mais il y a peu d'hommes qui osent se dévoiler.

Pour soutenir le mouvement "Movember", mois de sensibilisation au cancer masculin, et notamment celui de la prostate, j'ai souhaité mettre en lumière la parole de Thierry.


"J'ai appris ma maladie au mois d'octobre 2017. Depuis plusieurs mois, je souffrais du dos, des lombaires plus précisément et j'étais loin de me douter que cela allait aboutir à un diagnostique aussi terrible.

Tout a commencé avec une radio qui n'a rien décelé, puis échographie, rien de plus. On est alors passé à une IRM et là.... Gros problème, des tâches étaient présentes partout sur ma colonne vertébrale. La machine médicale s'est alors mise en route. PETS SCAN pour cibler le mal qui me touchait. C'est alors que la piste du cancer de la prostate s'est précisée. Plus que ma colonne, c'est une grande partie de mon squelette qui était touché par les tumeurs. Le pronostic était sombre et c'est la mort dans l'âme que je me rendais chez l'urologue pour la poursuite des "réjouissances". Moi qui me disais que celui qui me mettrait un doigt dans le cul n'était pas né, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il était né avant moi et j'ai eu droit à l'exploration qui s'impose en pareille circonstance. Le 12 octobre 2017, le mot cancer m'a officiellement été annoncé. Ce mot prononcé a été plus douloureux que le "finger". Un rendez-vous m'a de nouveau été prescrit le lendemain pour les biopsies.


En l'espace de peu, je suis passé d'une vie sereine et pleine d'insouciance à une vie en suspend.

Le ciel m'est réellement tombé sur la tête et la pire des souffrances a été de plonger ma famille avec moi dans cette spirale infernale. Nous avions des projets à long terme et là, il fallait s'en remettre au présent et à des échéances imposées. Pendant cinq jours, j'ai touché le fond, je me suis confronté à ma propre mort, moi qui, de part ma profession, a été confronté si souvent à celle des autres.

Après ces cinq jours qui me sont parus une éternité, j'ai regardé mon épouse et mes quatre enfants et je me suis dit que je n'avais pas le droit de baisser les bras et que je devais me battre pour moi, bien évidemment, mais également et surtout pour eux. J'ai eu cette prétention de me dire que je leur étais indispensable. Je suis alors parti au combat en ne rechignant sur aucun des traitements qui m'a été proposé.


Tout a commencé par de l'hormonothérapie. Avec ce traitement, j'ai dû renoncer à ma virilité. Comme annoncé par l'urologue, ma libido est partie, de même que mes fonctions érectiles. Terrible injustice car cette condamnation n'est même pas mise en place par la justice des Hommes pour punir les pédophiles et violeurs. Le cancer, lui, m'y a condamné sans que je n'ai rien fait de mal, condamnant au passage mon épouse. Cet état de fait est un deuil terrible pour le couple, tant les rapports intimes participent à cimenter la vie amoureuse.

Puis vint le temps de la chimiothérapie, six séances sous TAXOTERE espacées de trois semaines. Avant cela, il a fallu accueillir un corps étranger sous la peau, la chambre d'implant servant à recevoir le produit. Cette période, je l'ai traversé avec la farouche volonté de tuer mon crabe. J'ai perdu mes cheveux, mes cils et sourcils, ma barbe, mon corps s'est transformé. Les muscles ont fondu et j'ai fait de la rétention d'eau. La fatigue était omniprésente, mais dans ma tête, j'étais au combat. Le physique subissait, c'est indéniable, mais je me suis accroché et le mental a pris le relais. Chaque fois que le cancer m'a pris quelque chose, je lui ai adressé un sourire comme pour mieux me convaincre qu'il n'aurait pas le dernier mot.


Après cela, j'ai fait de nouveaux scanner et on a alors évoqué le terme de rémission avec le qualificatif de "partielle". Un sursis m'était donné.

Par la suite, j'ai attaqué 39 séances de radiothérapie, histoire de mettre un grand coup sur la tumeur primaire. Période fatigante également car très chronophage. Tous les jours de la semaine, je me rendais à l'hôpital distant de 25 kilomètres de chez moi.

A l'issue, j'ai fait un nouveau scanner, encore plus encourageant que le précédent, même si la rémission n'est toujours que partielle.

Aujourd'hui, je poursuis l'hormonothérapie, traitement que je devrai subir à vie.

Comment je n'ai pas sombré ? En tout premier lieu, j'ai été et je suis entouré par ma famille et mes amis. J'ai fait preuve de résilience, acceptant ma condition. Cela m'a permis d'identifier clairement mon ennemi et de relever le défis qu'il m'a lancé. Au milieu de ma période de chimiothérapie, j'ai repris mon travail et une fois cette dernière terminée, je me suis remis au sport en repartant de zéro.

J'ai toujours cette épée de Damoclès au dessus de la tête, mais j'ai mis un parapluie en kevlar entre les deux.

Je ne sais pas comment va évoluer ma maladie, mais ce que je sais, c'est que je me battrai jusqu'au bout.

Je suis motivé et rempli d'espoir car la lutte contre le cancer progresse. A moi de tenir bon pour pouvoir bénéficier des meilleurs traitements."


Merci Thierry pour ce témoignage sincère et très touchant. Merci de libérer la parole des hommes et de participer à briser les tabous autour du cancer.


Mesdames, n’hésitez pas à partager le témoignage de Thierry et parlez en aux hommes que vous aimez.
Et vous Messieurs, je sais que l'idée de vous faire "intruser" le postérieur ne vous réjouit guère, mais c'est quand même un peu con de ne pas se donner la chance de sauver sa VIE! Alors en cas de doute : "Allo Docteur"...

Pour en savoir + sur le cancer de la prostate, c'est ici.

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