• Mélanie

I PHIL YOU


Je m’appelle Mélanie MORFIN, j'ai 33 ans et je suis la fondatrice de l’association

I PHIL YOU. Je suis également infirmière au Centre Léon Bérard à Lyon depuis plus de 8 ans dont 6 ans à l’hôpital de jour. L’hôpital de jour est un service dans lequel les patients viennent faire leur cure de traitement de manière ponctuelle à une fréquence définie par leur oncologue.

C’est là que j’ai pu rencontrer et m’occuper de Séverine, la fondatrice de Degom'crab, lorsqu’elle était en parcours de soins. Séverine a marqué le service par sa bonne humeur, sa force et sa détermination à vaincre le crabe en venant toujours accompagnée d’une personne différente avec qui il fallait faire une photo originale en disant “fuck” au cancer. Sans oublier cette dernière venue déguisée en reine des neige pour la symbolique de la chanson “libérée délivrée”.

Phil, mon âme soeur


C’est aussi dans ce service que j’ai eu la chance de rencontrer l’homme le plus incroyable au monde. Je suis athée mais je crois énormément au destin et là c'était clairement le nôtre de nous rencontrer. C’était mon âme sœur. Phil m’a tout de suite interpellée par son calme et surtout son incroyable résilience face à la maladie. Il vivait tout à 200 %.

Il était malade depuis l’âge de 7 ans. Il a donc passé sa vie ponctué de plusieurs récidives. Ce sont ces difficultés rencontrées dès le plus jeune âge qui l’ont rendu incroyablement serein et VIVANT. Profitant à chaque instant des moindres choses de la vie. Même les moments de galère il les adorait. Il les préférait même. Il disait que c’est dans la galère qu’on crée le plus de souvenirs. Tout cela en relativisant à chaque fois. Phil a eu 1000 vies. Il a vécu à NYC, en Australie, en Corée, en Pologne et en Irlande. Il avait la fibre entrepreneuriale et s’est essayé à plusieurs choses. Il a fini par devenir un expert chez GOOGLE en Irlande. Il avait une culture musicale hors norme et il se rendait très souvent à des concerts, se programmait des week end sans arrêt. Il avait TOUJOURS le sourire. Et il était si CALME. D’une sérénité déconcertante. Durant notre courte mais si intense vie amoureuse, malgré la maladie, je ne l’ai jamais connu malade. Mise à part les dernières semaines sinon jamais.

On échangeait beaucoup au sujet de la maladie et des différentes options possibles pour l’avenir. Il me posait parfois des questions et inversement. Nous étions complémentaires dans cette lutte mais sans jamais s'apitoyer. Toujours avancer et kiffer. Nous n’avons JAMAIS été en colère vis à vis de la maladie et ça jusqu’aux derniers instants. La maladie et la résilience qui en découle l’ont rendu meilleur. Un homme d’une sagesse, d’une empathie et d’une bonté déconcertantes. Il m’a appris à VIVRE pleinement, à toujours être reconnaissante et surtout à relativiser des petits tracas du quotidien. Il a fait de moi une meilleure personne c’est certain.


Quel accueil pour la 1ère cure de chimiothérapie?

Depuis quelques années en poste à l'hôpital de jour, j'ai toujours été très sensible à l’accueil des patients qui viennent pour leur première cure de traitement.

Au début il n’y avait pas d’accueil spécifique et je me suis retrouvée dans des situations très bancales où, prise par le travail, la tête dans le guidon, les soins devenaient totalement déshumanisés et on accueillait les premières cures sans aucun tact. C’était impossible pour moi. Avec l’aide de mes collègues nous avons fait plusieurs changements d'organisation afin d’avoir un accueil spécifique de ces patients venant pour la première fois.

En 2019, grâce au don d’une entreprise, nous avons créé des “sacs bien-être” que l’on a décidé de distribuer aux patients venant pour la première fois.

Ces sacs ont été une évolution significative dans l'accueil de ces nouveaux patients. Ils donnent de la contenance à l’accueil et apportent de la bienveillance et de l'humanité. Les patients se sentent non seulement pris en charge avec des soins médicamenteux mais aussi en tant qu’être humain unique. Selon moi, le concept ne doit pas s’arrêter et doit même se diffuser dans les autres services d’oncologie.

Après le décès de Phil au Centre Léon Bérard, j’ai continué à travailler. Juste avant sa mort j’avais obtenu une évolution de poste que je convoitais depuis 1 an. Dans les derniers instant il m’a dis de continuer à travailler, “que les patients ont besoin de moi” mais surtout il était trop fier de moi. Je ne pouvais pas ne pas honorer ce nouveau poste. Après 2 mois d’arrêt, je suis retournée au travail et j’ai continué pendant 1 an et demi. C’était pas facile tous les jours mais j’ai la chance d’avoir des collègues et une chef en or. J’ai été très bien entourée. J’ai vraiment eu beaucoup de chance de les avoir à mes côtés. Je les aime énormément.


I Phil you, une histoire de résilience

Pendant cette période j’ai toujours été sensible à ces premières cures à l’hôpital de jour.

Je me suis rendue compte que cette prise en charge me plaisait et que j’aimais apporter des explications et un semblant de réconfort à ces nouveaux patients. Ce sont ces prises en charge et certainement l’envie de m’écarter de l’hôpital qui m’ont donné envie l’été 2020 de créer mon association dans le but de distribuer mes propres trousseaux d’accueil aux personnes débutant une thérapie contre cancer.

Non seulement améliorer l’existant au CLB mais aussi le proposer dans les autres services d'oncologie de la région Auvergne Rhône Alpes. J’ai donc fait une demande de congé sabbatique à la rentrée en septembre pour un début en janvier 2021.


L’idée étant d’apporter un peu de bien-être et de réconfort aux patients j’ai voulu appeler mon association I PHIL GOOD. Et puis lors de mes démarches administratives il s’est avéré que cette dénomination était déjà déposée par une entreprise. J’ai donc changé de dénomination et appelé mon association I PHIL YOU. I PHIL YOU est d’autant plus parlant pour moi. Non seulement il signifie : “je vous comprends”, “ je compatis”, mais surtout en disant : “ I PHIL YOU” j’ai l’impression de dire aux patients que je veux leur transmettre une partie de Phil et c’est exactement l’héritage que je souhaite faire perdurer. Leur transmettre sa force et sa résilience face à la maladie.

Je conclurai par une citation de Bob Marley que j’ai découverte il y a pas longtemps et qui me parle beaucoup : “Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort reste la seule option”.

Tous des guerriers et des guerrières I PHIL YOU



Retrouvez l'association I PHIL YOU sur instagram👇

https://www.instagram.com/i_phil_you_lyon/




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